Nous mourrons constamment, et nous aussi sommes des choses, chacun de nous est toujours la chose de quelqu’un comme l’expression qui dit qu’on est toujours le con de quelqu’un. Et d’ailleurs on aime bien être la chose de quelqu’un surtout en amour, et même au boulot, on aime bien appartenir à une entité plus grande que soi, un patron, une multinationale, on devient une chose, interchangeable parfois, mais on accepte d’être devenu une chose que parce qu'on l’a toujours été, ça nous rassure, on ne pense à rien, on se satisfait de cet état de béatitude comme lorsqu’on tétait le sein de sa mère. (Moi non ça ne se faisait pas, à l’époque les femmes étaient modernes et ne donnaient pas le sein à leur enfant. Trop primitif.) Après il y a une limite à ne pas dépasser dans l’acceptation d’être une chose, mais on aime bien aussi par exemple être la chose de Dieu, celui qui soi-disant nous a créé si on y croit. En tous cas on est la chose de la nature, on est la chose de l’univers et on ne peut rien faire contre ça. Comme je peux aussi casser la carafe bleue que je dessine ,pour des tas de raisons qui m’appartiennent, l’univers aussi peut malmener la terre, envoyer une grosse météorite vers notre planète bleue et ça en sera fini de nous, et de la carafe bleue en sus. J’aime bien cette expression en sus. En suspens, peut-être. Cette carafe bleue puisque j’en parle, je pourrai bien la casser parce qu’elle m’énerve à être juste une belle carafe bleue et parce qu’elle vivra peut-être plus longtemps que moi, alors je la casse. Je ne sais pas si j’aime assez l’humanité pour lui faire le cadeau de conserver précieusement cette carafe bleue pour que d'autres s’en servent aussi, ceux qui vont me survivre, ou pour qu’ils la dessinent aussi, pour qu'elle devienne leur chose, quand je serai morte. |
J’aime beaucoup ce texte sincère qui dit tant de “choses” et se fait l’écho de la vacuité morbide de notre société ! J ai vécu et traversé tant de rivages tant de paysages inattendus et empreints de fraîcheur subtile et vitale que je peux mettre au ringard les tristes obscènes de la société d’aujourd’hui d’où sont exclus les artistes. C’est un placard où les obsédés de la possession rangent les objets qu’ils croient qu’ils leur survivront. Mais seront ils des trésors comme les artefacts trouvés dans les tombeaux des pharaons? Alors, je préfère aux choses les élevages de poussière de Marcel Duchamp ... mais j’aime cependant les lumières de Marianne qu’elles éclaire nos tristes horizons mercantiles ! AnnGarde
RépondreSupprimermerci pour ce beau commentaire :)
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