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dimanche 15 décembre 2019

Je m'interroge sur la grève

Comme tout le monde, j'en pâtis, surtout depuis que je suis à 50 km de Paris.
Quand j'y habitais, dans Paris, je trouvais cela amusant cette ville qui tout d'un coup se vidait ou au contraire était encore plus paralysée, car de toutes les façons, je me suis toujours déplacée à bicyclette. La banlieue, je savais vaguement que ça existait, mais rarement je traversais le périf, sauf pour aller en vacances, ce qui donnait lieu à des engueulades dans la voiture car à chaque fois on se trompait de sortie, on avait alors l'impression que l'on arriverait jamais à sortir de cette ville si bien encerclée, et c'était aussi le moment que choisissait le chat pour vomir... Ou alors je le franchissais pour prendre des photos de ces endroits si exotiques et pittoresques, et je m'étonnais que le simple fait de traverser le périf donne à voir des paysages si différents.

Apres, à la campagne, où j'ai passé 10 ans, les grèves n'étaient que des rumeurs lointaines, car là bas de toutes les façons on est loin de tout, et c'est d'ailleurs en habitant en province qu'on prend vraiment conscience que la France n'est centrée que sur Paris.

La SNCF qui est censée être un service public, n'en a pas l'air le moins du monde. C'est cher, tout le temps en retard, et tellement fragile que le moindre petit incident crée un nombre problèmes et d'annulations hors de proportion.

Maintenant que je prends le train parfois pour aller à Paris, je plains les gens qui doivent le prendre tous les jours. Les horaires changent d'un site internet à l'autre, et une fois sur deux le train est annulé au dernier moment. Un matin tôt à la gare de mon village, une dame m'a dit que le train que nous attendions et qui n'arrivait pas étais si souvent annulé qu'elle était sûre que le conducteur avait des pannes de réveil. Je comprends parfaitement les gens qui préfèrent rester dans les encombrements bien au chaud dans leur voiture à écouter la radio, plutôt que d'attendre un hypothétique train sur un quai où il n'y a souvent pas d'abri, et où, surgissant de nulle part une voix très claire et parfaitement audible, comme celle d'un dieu tout puissant et bienveillant assis au chaud dans un nuage, vous prévient de temps à autre de l'état de la circulation et du nombre de minutes que vous aurez encore à vous geler les fesses avant le prochain train. Parfois aussi, 2 ou 3 jeunes gens invariablement en survêt-baskets fument tranquillement des pétards, et vous avez bien envie de leur en demander une taffe.
Ça c'est quand il n'y a pas de grève.
Mais quand il y a: le 1er jour, ok, on reste chez soi bien tranquille. Le second on essaie de bouger car le patron au boulot, ne va pas vous permettre de sécher indéfiniment. On peut imaginer la galère pour se rendre sur son lieu de travail. Pour ceux sans patron, idem, on ne va pas tout arrêter, alors on prend sa bagnole, ou on repère le peu de trains qui circulent, et on y va coûte que coûte, sur son chantier, à ses rendez vous, en mettant 1 ou 2 heures de plus, tant pis.

La grève, ça emmerde surtout le français lambda, celui là même qu'elle est censée défendre. Et je crois que celui ci n’incrimine même pas le gouvernement car cette entité est bien trop lointaine, mais plutôt le conducteur de train, celui qui n'entend pas son réveil, ou "la SNCF " en général, puisque c'est à elle qu'on paie une petite fortune son pass-navigo ou son billet de TGV.
En revanche, ce qui est sûr, c'est que personne n'est content, et que pour un gouvernement, que personne ne soit content ce n'est pas top.

Au début de l'ère industrielle, d'accord, les grèves étaient nécessaires car les ouvriers étaient sous payés et mal traités, et si le patron en pâtissait les ouvriers aussi.Ils risquaient leur job en faisant la grève, n’étaient plus payés et crevaient encore plus la dalle. La grève à notre époque et dans notre pays même si les revendications sont légitimes, me semblent la continuation d'une "tradition" qui a beaucoup moins de sens qu'avant.

Je n'ai pas d'autres solutions pour que les gens puissent se faire entendre, -et le "pouvoir" qu'ils ont de paralyser tout un pays, sans risque pour leur petite personne est tentant- sauf des actions parfaitement répréhensibles mais à la mesure de celles que l'on subit en supportant cette grève et en général ceratins disfonctionnement des services publics: Crever les peneus de  toutes les voitures de fonction , assiéger les ministères et ne leur donner à manger que les "plateaux repas" si on peut appeler ça comme ça, que j'ai eu un soir le privilège de goûter lors du blocage d'un train pendant  toute une nuit,  couper les arrivées d'électricité pour qu'ils se gèlent un peu, ou leur envoyer quelques bugs informatiques qui les empêchent de travailler pendant un moment  ...
Pour ma part, je refuse de payer le train de banlieue, et je prends ainsi quelques risques.

Tout cela pour dire qu'il est très difficile de se mettre à la place des gens et que la pure imagination ne suffit pas à prendre la vraie mesure d'un problème. Un jour, j'avais un billet de TGV sans place attribuée. Sur le quai, à Bordeaux, je croise le contrôleur, et je lui demande si il reste une place : Il me dit que non. Puis arrive le conducteur du train qui me propose de voyager dans sa cabine, ce que j'accepte, plutôt que d'être debout dans un wagon. Je me suis alors retrouvée assise sur un siège étroit et très haut à côté de lui, sans repose pieds ni accoudoir, absolument inconfortable. Le type en revanche était ravi de pouvoir parler avec quelqu'un car depuis quelques années, il n'avait plus de co-pilote, et les trajets sont très longs surtout vers Tarbes où le TGV se transforme en tortillard. On ne peut pas dire qu'il "conduise" le train à proprement parler, mais il ne doit pas relâcher la pression de la barre sur le "volant" devant lui, sinon un système d'alarme se met en marche, une forte vibration et un son, si je me souviens bien. Donc il "n'agit" pas vraiment, Il doit juste ne pas "lâcher" quelque chose, ce qui est plutôt l'inverse d'une action, et n'aide pas à rester éveillé en ayant l'impression de faire quelque chose d'utile. Ce doit être assez pénible. A un moment, j'ai eu envie d'aller aux toilettes: et bien il n'y en a pas. Le conducteur me dit d'aller là derrière, où est le moteur: c'est un endroit où le plancher est en caillebottis à travers lequel je vois le sol défiler. C'est donc là que je fais pipi, accroupie, à travers ce grillage. De retour dans la cabine, je lui demande comment il fait puisqu'il est tout seul et ne peut pas lâcher son volant: il me montre une bouteille en plastique.
Arrivée à Tarbes, je connaissais tout de sa vie, et j'étais bien contente d'enfin pouvoir poser mes pieds par terre après avoir été suspendue sur ce siège pendant des heures….. 


mardi 15 octobre 2019

l'expo






3 jours d'exposition c'est très court lorsqu'on a passé plusieurs mois à peindre coller, visser, couper, poncer, clouer, filmer, photographier, monter, douter, râler... La liste n'est pas exhaustive, et j'aurai bien du mal à me souvenir tout ce qui m'est passé par la tête pendant l'élaboration de cette "série", s'il en est, car au début il ne s'agissait que de peu de chose, quelques dessins sur de vieux rouleaux de papiers peint trouvé dans une vielle malle au grenier, pas n'importe quel papiers peints quand même. Puis c'était parti, on ne savait pas où, mais ça l'était, sûr et certain. Entre temps, mon déménagement, les travaux, la nouvelle maison... Puis l'opportunité d'exposer, et là ça part en flèche, tout s'accélère. 
Et voilà le résultat du moment car il faut bien que ça s'arrête un jour: l'expo c'est ça, un arrêt sur image, mais ça aurait pu continuer à l'infini. Apres il y a tellement d'autres projets en route, que ce ne sera peut être pas celui là qui continuera, mais un autre. cela dépendra de la prochaine expo. 
l'expo c'est violent, on déballe ses tripes devant tout le monde, mises en forme les tripes pas en vrac justement, mais se sont ses tripes quand même. 
Les gens passent devant, parfois ils s'arrêtent, parfois s'intéressent, parfois, se baladent juste, en regardant leur téléphone portable.  Apres on remballe, et généralement je suis de tres mauvaise humeur, au "remballage". Il faut porter la grande sculpture dans la voiture, on m'aide, c'est pas dans le bon sens, le grand tableau ne rentre pas, on ressort tout, l'emballage se pète la gueule, puis à l'arrivée, il faut décharger j'ai le dos en compote, l'atelier est dans un bordel noir, .. bref, le blues d'après expo commence!  Youpi! 
Donc j'ai décidé de continuer un peu l'expo par mail, pour repousser un peu le blues. Et pour ceux qui n'ont pas vu, pour ceux qui ont envie de revoir.



Il faudrait peut être  commencer par la vidéo, pour comprendre le reste,
même si c'est par là que j'ai fini. Elle dure 2'30". 



images de la video: "la chambre bleue"

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 Sculpture Flèche Rouge 2018-2019-130x130x130 cmBois vissé, collé, peintures diverses, et mine de plomb
vue de l'exposition sculpture 130x130x130 

Tableau chambre bleue spirale blanche 159x124 cm (2018)
acrylique, crayon, divers medium sur papier peint ancien.
Détail en dessous.






Tableau "la chambre bleue", 2019 126x126cm 
acrylique, crayon, divers medium sur papier peint ancien.
Ci dessous détail.
  Sculpture spirale rouge dans boite bleue (2018)
48x52 cm bois peint


Sculpture "spirale orange",(2019)
bois et peinture glycero, diametre 114 cm profondeur variable




Tableaux :spirale bleue et jaune (2017)123x51 cm et spirale jaune 56x51 cm(2018)
acrylique, crayon, divers medium sur papier peint ancien.



Tableaux MP's room :87x50cm et 50x102cm (2017)
acrylique, crayon, divers medium sur papier peint ancien.



Tableaux, spirale jaune et perroquet 52x46cm (2018)
spirale rouge et angelot 56x51cm (2018)
acrylique, crayon, divers medium sur papier peint ancien.


  spirale collée sur voiture, 400x130 autocollant spécial carrosserie

jeudi 11 juillet 2019

Pourquoi j'ai construit une fusée.





Art et espace, ou pourquoi j'ai construit une fusée.




En 1969, j'ai été très impressionnée par les premiers pas sur la Lune. Nous n'avions pas la télévision, mais je me souviens des images dans « Paris Match ». C'était l'été, j’avais 6 ans, nous étions en vacances, il faisait chaud, et je feuilletais le magazine à plat ventre sur le tapis du salon dans la pénombre de la pièce fraîche, aux volets à moitié fermés ...


Puis, après les vacances à Paris, un soir en rentrant du boulot, mon père nous a rapporté de grandes feuilles de papier pour dessiner. Il était architecte et travaillait à construire une usine qui fabriquait du papier. Les formats, puisqu’ils provenaient des fins de rouleaux, étaient vraiment inusuels, très longs et étroits. Ils auraient pu m’inspirer pour dessiner des paysages qui se seraient étalés sur toute la longueur, mais au lieu de ça, j'ai dessiné des fusées Apollo verticales, presqu’aussi hautes que moi, en train de décoller. Chacune occupait tout l'espace du papier. J’en ai dessiné plusieurs, avec leur numéro qui se succédaient...

 


Juste après cette période Apollo, Il y a eu un événement dramatique qui a bouleversé la vie de la famille. Mon frère de trois ans, en plein été s’est noyé dans la piscine, celle que mon père avait lui-même construite. 

Alors je suis passé à autre chose, à essayer de survivre sur terre plutôt que de partir dans l'espace…

J'ai fait des études et je suis devenu architecte. Un architecte s’ancre dans le sol, il est un peu le contraire d’un astronaute, qui lui aspire à s’en détacher. 

Puis, en 2008, j'ai décidé d’un coup d'arrêter l'architecture et de me consacrer à l’art. J’ai eu l’impression de reprendre mon projet artistique là où je l’avais laissé 36 ans auparavant, 36 chandelles qui m’avaient peut-être complètement étourdie. 


Je n'ai pas compris au début ce qui m'avait amenée à construire une fusée. Mais comme ce changement de vie s'est accompagné d'un déménagement, et que la maison que nous avions achetée était vraiment au milieu de nulle part, j'ai fini par comprendre que la fusée, construite même avant de commencer les moindres travaux dans la maison qui en avait pourtant vraiment besoin, avait atterrit là. D'ailleurs, en premier, j'ai passé un temps fou à faire une piste d’atterrissage : à piocher pour enlever l'herbe, puis à creuser le sol, et étaler des cailloux blancs sur un cercle bien circonscrit de 4 ou 5 mètres de diamètre. Puis avec des bouts de ferrailles et des tôles diverses trouvés sur place dans les granges, j'ai construit cette fusée. Uniquement avec des matériaux de récupération. J'ai réfléchi à cela aussi et je me suis dit que si j'utilisais des matériaux de récupération c'était parce que je ne pouvais pas faire autrement, parce que je me suis senti comme sur une île déserte, et que je n'avais pas le choix.


J'aime beaucoup l'aphorisme de Pierre Rabhi, qui a vécu dans une oasis et qui dit que la Terre, la planète Terre, est comme une oasis au milieu de l'espace vide et glacé. Que ses ressources devraient être traitées de la même façon que lorsque l’on vit dans une oasis, avec parcimonie, respect, et sans gâchis. Que c'est une question de survie.


Je pense que l'art pour moi en est aussi une, de question de survie.


L'espace pour un artiste c'est forcément l'exploration. L'exploration de soi-même en général, car en tant qu’artiste, c'est son monde que l'on représente et que l'on veut faire partager. Son monde, sa propre vision du monde. C'est à dire soi.


L'exploration de soi, est infinie. Comme l'espace. On peut dire que dans mon cas, c'est la fusée qui est un vecteur de l'exploration de mon monde intérieur. Elle m'en donne les moyens. L'espace que l'on voit mais qu'on ne peut toucher est un tremplin formidable pour l'imagination. Pour créer on a besoin d'un point de départ : la Lune, les planètes, les étoiles sont là, on les voit. Car l'imagination se construit à partir de quelque chose, s’agglomère, se cristallise comme peut-être se forme une planète. L'espace nous laisse libre d'imaginer, puisqu'on ne le connaît pas, ou très peu. On est alors libre de créer ce que l’on imagine. 


En revanche, on n’est sans doute pas très libre dans l'espace en tant qu'astronaute, on est même très confiné, ce qui est en fait paradoxal. Mais, on peut partir en fusée et regarder les choses de loin, regarder la terre par le hublot, et voir comme elle est seule et fragile.


Créer c'est sortir des choses de soi et en les extériorisant, on prend du recul sur soi. On a alors la possibilité de regarder ce que l'on est, on a alors un regard « détaché » sur l'œuvre, au-dessus de sa feuille de dessin, devant sa toile, sa sculpture, sa vidéo. C'est pour ça que les ateliers d'artiste avaient des balcons intérieurs, pour regarder de haut et donc de loin ce que l'on avait fait. On voit donc avec recul un monde qui nous ressemble, qui est un reflet de soi, et que l'on peut ainsi faire partager.


L'art est une introspection, même s’il est rarement compris comme une discipline introspective.


Créer c'est aussi une façon de ne pas mourir. De laisser des choses après soi. Ou en vrai, ou dans les autres, qui les ont vues et intégrées en eux.


Et dans l'espace, il y a la mort. Comme disait Tournesol dans l’album de Tintin « On a marché sur la Lune » : «…dans quelques minutes, ou bien nous marcherons sur le sol de la Lune, ou bien nous serons tous morts. C'est merveilleux ! »


C'est dans l'espace, dans le « ciel » que l'on imagine la mort, ou le paradis, pour ceux qui y croient, et c'est aussi là que siègent la plupart des dieux et des déesses.


L'exploration de l'espace nous aide à exorciser la mort. On est minuscule, insignifiant, et à l'échelle de l'univers, on n’a pas beaucoup d'importance. Parler de la mort, voir la mort, faire des choses dangereuses, l'approcher, nous permet de l'exorciser.


L'art est une discipline « dangereuse », non seulement par l'implication de son corps dans la fabrication de l'objet, mais aussi parce qu'en s'explorant on prend des risques de comprendre sur soi des choses que l’on n’a pas forcément envie de voir. Et comme astronaute, en partant dans une fusée, pas besoin de le dire là que c'est très périlleux, tout le monde le comprend.  Donc on rend la mort plus familière, et à la fin on en a peut-être moins peur.


Mais c’est le rêve et l’imagination, qui, alimenté par l’exploration artistique (ou spatiale !), nous fait vivre et avancer. 

lundi 18 mars 2019

La poisse



La poisse c'est quand on arrive plus à passer entre les gouttes ; c'est quand on a l'impression qu'avant on s'en sortait toujours par une pirouette, mais que tout d'un coup, là,  ça ne marche plus, et alors tout vous tombe dessus en avalanche.


Les aléas de la vie font qu'on a toujours des emmerdes, c'est inévitable, mais la poisse c'est quand ces emmerdes vous touchent particulièrement, vous écrasent, que vous vous sentez en danger, que vous avez l'impression que jamais ça ne s'arrêtera,  et que vous allez finir par y laisser votre peau. C'est quand on arrive pas à avoir du recul,  car la poisse c'est pas si grave, ce n'est que la poisse, rien de vital n'est touché en apparence, mais votre moral oui, et votre envie de vivre aussi. 

Un des derniers trucs qui m'est tombé dessus c'est qu'en mon absence ma voiture a été défoncée dans la rue où je l'avais garée,  et bon malgré tout ce que ce genre d'événement provoque comme perte de temps, coups de fils multiples, paperasse à remplir, etc., ça m'a fait un peu rigoler, je me suis dis " tiens,  ça continue! mais je vais peut être commencer à prendre ça autrement!".
Mais là, il faut dire je n'y étais pour rien, je ne m'étais même pas mal garée. …..

Hier à Paris avec la super voiture de location que mon assurance a fini par me filer après avoir bataillé un peu, j'ai malencontreusement "touché" le retro d'un gros 4x4 qui avait fait un écart donc en fait c'est lui qui a touché le mien, mais je dois avouer que je n'étais pas tout à fait à ma place: j'avais doublé par la gauche la longue file des voitures qui était coincée à un feu rouge, et il y avait largement de quoi passer, d'après moi, mais le dimanche les gens conduisent comme des conducteurs du dimanche, et personne n'avait eu l'idée de se mettre sur la 2ème file, mais je l'ai fait car j'étais un peu pressée, et c'est là que le 4x4 a légèrement tourné alors que je venais de m'arrêter.  Le mec (évidemment, un mec!  qui peut conduire une grosse land rover avec des pneus  fait pour sillonner l'Afrique en plein Paris?)  est sorti comme une furie, et s'est mis à donner des coups violents de tatanes dans ma voiture flambante neuve (je voyais déjà la loueuse avec son petit gabarit mesurer les bosses pour savoir si il m'incomberait de payer leur réparation), puis a essayé d'ouvrir ma portière qui heureusement s'était verrouillée automatiquement , du coup encore plus furibond s'est mis à donner de grands coups de poing sur la vitre, et à m'invectiver:  "Hé, la vielle , repasse ton permis etc…"…là, j'ai moins ri,  car je trouve que ce n'est déjà pas super drôle de vieillir et l'injure qui ne devrait pas en être une, mais que j'ai pris comme telle vu la fureur du mec, ne m'a pas permis de prendre le recul nécessaire pour apprécier cette situation à sa juste valeur. J'ai filé, les larmes aux yeux et le type m'a poursuivit et pris des photos de mon retro rabattu. En retour j'ai pris moi aussi des photos de sa plaque d'immatriculation et des "non dégâts" que j'avais provoqués. Après je me suis trompée d'autoroute,  me suis mise à tournicoter dans des voies de dessertes qui m'ont fait perdre tout sens de l'orientation,  me suis mise à hurler contre le monde entier, toute seule dans mon habitacle calfeutré, et je suis arrivée très en retard à la clôture de mon exposition.

Les autres emmerdes je ne vais pas  les raconter.

Quand même, ce matin, je reçois un SMS: " votre agence a été incendiée aucune victime à déplorer, votre conseiller reste joignable, banque Trucmuch " j'ai cru à un canular, un des ces SMS qui vous sont envoyés par erreur, mais non, en ouvrant mes mails j'ai eu la confirmation,  c'était bien pour moi,  et c'était bien ma banque, et là ça m'a fait  fait rire... Même si ça me touche moins, c'est quand même ma banque qui n'a qu'une seule agence à Paris, et si j'avais eu un coffre plein de lingots d'or il aurait pu être pillé par les gilets jaunes, et ma banquière est peut être traumatisée, et n'a pas peut être pas pu retrouver son bureau, ses papiers et tous les secrets que je lui ai confiés.
           
Tous les autres emmerdes que j'ai eu depuis le début de l'année sont, contrairement à ce dernier (quoi que??... Si je suis considérée comme une affreuse bourgeoise?) vraiment dirigés "contre" moi;   j'ai eu (et ai toujours) une part bien plus active dans l'équation, je suis le x avec puissance, et le résultat dépendra de mon comportement, de la valeur que je donne à ce x qui est moi, de la façon dont il se placera dans l'équation, et de ce que je mettrai à coté de lui pour qu'il prenne la valeur adéquate,  et de ce que j'y inclus comme autre paramètre, pour que le résultat soit en ma faveur.
Pour la voiture accidentée sans moi, c'est aussi un peu le cas  mais je n'arrive qu'après la première équation introductive,  qui elle s'est faite avant, et une 2ème se crée après qui inclue la 1ère, et dans laquelle là j'apparais, et où il faut aussi que je tienne un rôle actif.

La poisse c'est quand le problème a eu vraiment  le temps de se poser, de s'incruster dans les tablettes …. C'est , finalement comme quand on est à l'école devant son bureau et devant sa feuille,  et que sur celle ci, les signes qui forment  l'équation de math  à résoudre sont  des petits lutins ricanant et contorsionnistes qui vous font des grimaces et des pieds de nez, que les aiguilles de l'horloge au dessus de la porte avancent, par à coup, inéluctablement,  que le surveillant à des yeux partout, et ne vous laisse pas la possibilité de demander de l'aide à votre voisin, et  que, de toutes les façons, lorsque vous jetez un coup d'œil alentour dans la salle de classe vous les voyez tous penchés sur leurs feuilles, concentrés et en train d'écrire frénétiquement, et qu'il y en a pas un comme vous, l'air hagard qui implore aussi de l'aide, que vous vous sentez tellement seule, que la panique s'empare de vous, et que vous pensez que vous n'y arriverez jamais, que c'est la fin du monde qui s'annonce…

Puis, une lueur se fait, vous avez comme une intuition, vous commencez  petit à petit à apercevoir que les lutins sur votre feuille ne sont pas si hargneux, et qu'il y a peut être une possibilité que vous puissiez arriver à les apprivoiser; Alors, ils arrêtent de faire les pitres, puis se mettent à vous regarder, et même à vous dire des trucs sympas, puis à vous donner des idées, puis vous leur faites un clin d'œil, et ça y est vous allez les emmener là où il faut.. ouf!  
Bon, je respire, je me concentre…. j'ai encore un peu de temps pour m'en sortir,  hein "la vielle", tic tac, tic tac ……