[….]Le fleuve est en même temps celui qui transporte nos angoisses, mais aussi celui qui les fait disparaître si on s’y baigne. Comme les Indiens qui se plongent dans le Gange pour se purifier, alors que les poubelles et les morts flottent à côté d’eux. Le Gange charrie dans un même élan l’eau purificatrice, mais aussi les maladies et les ordures. Ce paradoxe là nous choque, nous, occidentaux rationnels et civilisés. Pourtant nous utilisons l'eau de nos fleuves, de nos rivières et de la mer pour y déverser nos déchets aussi peu rationnellement que les indiens, mais d’une façon plus pernicieuse, plus cachée. Comme si l'eau pouvait tout faire disparaître. […..] Lorsque nous assistons à ces scènes de baignades indiennes, notre raison nous dit qu’ils sont fous, car on ne peut pas se purifier dans une eau polluée. Pour les indiens, ce rite est une vérité, une évidence. Il va au-delà de la raison, car c’est un rite qui a un sens dans le fait que l’eau du Gange est la mère de tous, qu’elle est l’origine du monde. Et il est donc tout à fait normal qu’elle accueille tous les déchets des hommes. Pure à sa source, à sa naissance, elle devient de plus en plus polluée, se remplie de détritus, de bactéries délétères, mais aussi de péchés, d’angoisses, de maladies de l’âme et du corps, au fur et à mesure de son cheminement. Elle les transporte au loin, en dehors de ceux qui s’y baignent. Il n’est donc pas dans l’ordre des choses de penser que l’on peut attraper les maladies qu’elle pourrait transmettre, car la croyance en une eau sacrée et purificatrice n’en laisse pas la place. Et cette croyance protège aussi réellement. Le corps se ferme aux maladies éventuelles, et décide de se purifier, et non pas de se polluer. Le corps prend sa force dans ce pèlerinage entrepris avec une croyance et une dévotion qui protège. Lorsque l’on a peur, on est bien plus vulnérable et faible et apte à attraper des maladies. Lorsque l’on est sûr de soi, on est fort et invincible. Le mental que l’on a formé, travaillé, qui est comme enveloppé de certitude, protège du danger possible puisqu’il l’exclu, et donc en même temps de celui de la possibilité d’en être la proie.
Le yoga qui fait travailler aussi bien le corps que l’esprit permet bien à certains de marcher sur des tisons sans en être brûlé. On oublie le pouvoir de l’esprit sur le corps dans le monde civilisé et rationnel de nos médecines occidentales.
La psychanalyse, comme mouvement purificateur, libérateur, va de pair avec celui qui est de se confronter à l’origine de nos peurs et nos angoisses. Celui qui nous fait « remuer la merde ». Elle trouve son miroir dans ces scènes indiennes. C’est à ce niveau que la psychanalyse semble une réminiscence de notre monde originel, non encore civilisé. A l’instar du Gange, elle nous permet de renouer avec nos origines. Car en plus de nous dégager de nos angoisses, elle nous permet ce retour vers notre être premier, celui qui a hérité dès la conception, des peurs et des désirs de nos parents et de leurs ancêtres. Nous en sommes marqués, nous les portons, ils nous sont transmis en plus de l’héritage génétique. Notre âme est empreinte de celles de nos ancêtres. Notre héritage psychologique est là, et forme un fleuve, qui se nourrit aussi de la psyché construite tout au long de notre propre vie. Nous baigner dans le fleuve de l’inconscient nous replonge dans les eaux de notre naissance mais aussi dans celles d’où sont sorties la vie terrestre et les premiers hommes. Cette plongée nous permet de nous connaître. Et de comprendre où nous avons envie d’aller. […]
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